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jueves, 21 de enero de 2010

Sauver ou filmer, faut-il choisir ?


Sauver ou filmer, faut-il choisir ?

Sanjay Gupta manie aussi bien le scalpel que le micro. Neurochirurgien, professeur émérite, conseiller politique, c’est l’un des reporters vedettes de la chaîne de télévision américaine CNN. Envoyé en Haïti dans les heures qui ont suivi le séisme, ce “chief medical correspondent” ne cesse de multiplier les interventions chocs sous l’œil ébahi des caméras. Qu’il soigne un bébé en pleine rue ou dispense ses analyses sur l’état sanitaire du pays, la moindre de ses apparitions fait grimper l’audimat.
Et pour cause : Sanjay Gupta fait partie de ces professionnels du sensationnel qui mêle avec un sens certain de la mise en scène information et émotion.
Célèbre pour avoir secouru des soldats américains et des civils pendant la guerre d’Irak, on l’a récemment vu sur le porte-avions USS Carl Vinson opérer une fillette de 12 ans gravement blessée à la tête.
Aux côtés de Sanjay Gupta sur la vidéo, on aperçoit un autre journaliste star de la chaîne américaine, Anderson Cooper. Lui non plus ne recule devant aucune mise en scène pour entretenir la tension médiatique. Lundi, il s’est une nouvelle fois distingué en volant au secours d’un adolescent vraisemblablement blessé dans un affrontement entre des habitants de Port-au-Prince et un groupe de “pillards”.
Le récit détaillé de la scène publié sur le blog du journaliste est d’autant plus éloquent qu’il est assorti d’un reportage du photographe Jonathan Torgovnik, présent sur les lieux au moment des faits.
“L’enfant, raconte Anderson Cooper, était blessé et ne pouvait pas se lever. (…) Du sang coulait sur son visage. Il était conscient mais il ne pouvait vraiment pas bouger. (…) J’ai eu peur qu’il se fasse tuer.( …) J’ai couru à l’endroit où il se démenait pour tenter de survivre et je l’ai pris dans mes bras. Je l’ai emmené à une trentaine de mètres de là. Je sentais son sang chaud couler sur mes bras. (…) Il ne savait pas où il était et n’arrivait vraiment pas à marcher, alors je l’ai à nouveau pris dans mes bras. Je l’ai laissé à quelqu’un derrière le baraquement de fortune. Tony, un homme d’affaires américain, lui a donné une serviette humide. Quelqu’un l’a emmené ailleurs. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. J’espère qu’il va bien.”
Si le procédé peut choquer en France, il est courant aux Etats-Unis. Depuis les années 1980, explique le Philadelphia Inquirer, les chaînes d’information accordent de plus en plus de place au ressenti dans les reportages. “Après l’ouragan Katrina, en 2005, certains correspondants se sont montrés si ouvertement émotifs, qu’on a forgé le terme ‘emo-journalisme’”, rappelle le quotidien.
Parfait exemple de ce phénomène, l’intervention du journaliste de MSNBC Bill Neely face à une Haïtienne coincée sous des décombres a fait le tour de la Toile :
Mais la télévision française n’est pas non plus en reste. Le 18 janvier, France 2 a diffusé un reportage montrant une équipe de journalistes secourir un orphelin. Comme le relève le site Arrêt sur images, “l’enfant gît, blessé, dans les ruines de l’orphelinat. En l’absence d’ambulance, ce sont les journalistes de France 2 qui vont le transporter dans leur voiture.”


D’après Ouest-France, France 2 avait prévenu le couple qui doit adopter l’enfant avant la diffusion des images. “Nous avons contacté plusieurs associations pour retrouver les parents. Il fallait qu’ils sachent avant le journal”, leur a précisé Arlette Chabot, directrice générale adjointe de l’information de la chaîne. “Maryse Burgot est une journaliste expérimentée, c’est aussi une mère de famille”, a-t-elle ajouté.
Il n’empêche, le reportage de France 2 fait polémique. Sur le forum de la chaîne, ses détracteurs dénoncent vivement le “voyeurisme” du procédé. D’autres, à l’inverse, tirent leur chapeau à la journaliste. Indécence ou engagement ? Le débat est ouvert.

http://www.lemonde.fr/

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