Haïti : une “économie de traumatisme”
François Grünewald est directeur général et scientifique du groupe de recherche Urgence réhabilitation et développement (URD). Il est spécialiste des questions de développement et des crises humanitaires. Pour lui, la situation d’extrême pénurie dans laquelle se trouve Haïti et surtout Port-au-Prince est comparable à celle d’une ville venant juste d’être bombardée. L’inflation et la difficulté à se procurer des produits de première nécessité est commune à ce genre de situation.
Comment l’économie du pays est-elle touchée par le séisme ?
Il faut savoir qu’avant la catastrophe, l’économie d’Haïti était déjà très dépendante de l’aide extérieure. A la fois du mécanisme d’aides internationales et des transferts d’argent de la diaspora. Une grande partie des Haïtiens vivaient plus de ces aides que de la production du pays, car il s’agit d’une petite production agricole. Avec la destruction de Port-au-Prince, c’est d’abord l’administration qui est touchée ainsi que l’économie de services, comme les commerces. Mais c’est aussi un lieu d’accumulation de ressources au fil des générations. Beaucoup de gens ont mis toutes leurs économies pour y construire leur habitation. Avec le séisme, ce sont des années de capitalisation individuelle qui sont réduites à néant. C’est dramatique pour les familles qui voient s’envoler leur épargne.
L’impact sur le système de production n’est pas encore connu. Il est basé sur une petite économie agricole, pas très dynamique et du reste déjà paralysée par la dégradation de l’agriculture. Quand on remonte sur la zone de Léogane, il y a des zones de production de banane plantain qui approvisionnent les villes en nourriture. Et pour le moment, on ne sait pas dans quel état sont les réseaux d’irrigation de cette région.On assiste en ce moment à une très forte inflation avec une multiplication par deux ou trois du prix de certaines denrées.
Port-au-Prince est très dépendante des activités des petits commerces pour sa survie. Si le commerce ne fonctionne plus, l’économie s’écroule et le prix des denrées explose. Le port ne fonctionne plus depuis huit jours, de nombreux stocks ont été détruits, beaucoup de gens ont perdu leurs économies. Tout cela entraîne une raréfaction de l’argent, l’inflation et de la spéculation. C’est ce qu’on voit dans tous les contextes de ce genre. Lire la suite de cette note »
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