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jueves, 21 de enero de 2010

Haïti et l'Europe


Haïti et l'Europe, par Alain Frachon

Pas d'angélisme : l'humanitaire est aussi une affaire de puissance, de démonstration de puissance. Tout a été dit sur les raisons qui ont conduit les Etats-Unis à se saisir du leadership dans l'assistance apportée à Haïti. Proximité géographique d'abord, et il y avait urgence. Responsabilité historique à l'adresse d'un pays où ils sont déjà intervenus trois fois (1915, 1994, 2004). Sensibilité particulière de Barack Obama pour la première République noire de l'histoire (1804). Souci de Washington d'empêcher un exode humanitaire qui jetterait des centaines de milliers de boat people vers la Floride (lire l'analyse de Corine Lesnes dans Le Monde du 20 janvier).
Mais il y a une autre raison, sur laquelle l'Europe devrait s'interroger : les Etats-Unis étaient les seuls à pouvoir monter pareille opération, aussi vite et aussi massivement. Pas seulement pour des raisons de voisinage immédiat, mais parce qu'ils ont les moyens militaires d'une telle assistance.
Au moins autant que la générosité de l'Amérique, ce qui a compté ici, c'est sa capacité militaire, sa prépondérance dans le domaine où aucun des géants émergents du siècle n'est en mesure de contester son statut de superpuissance. Seule l'armée américaine peut déplacer en 48 heures quelque 10 000 hommes et leur matériel ; prendre le contrôle d'un aéroport, puis en assurer le fonctionnement en quelques jours ; dépêcher sur place un navire-hôpital comme le Comfort, disposant de 1 000 lits et de 12 salles d'opération.
En 2010, plus qu'hier, la puissance ne se mesure pas seulement à l'évolution du produit intérieur brut (PIB), la valeur de la monnaie ou le niveau des exportations, elle s'apprécie aussi à l'aune du symbole que représente une opération humanitaire comme celle qui a cours aujourd'hui.
L'Europe paye, comme d'habitude : l'Union européenne (UE) devrait consacrer quelque 430 millions d'euros d'assistance à Haïti. C'est très bien. Cela ne dispense pas d'une réflexion sur les carences militaires de l'Europe. Les Européens n'auraient vraisemblablement pas été capables de faire ce que les Etats-Unis font en Haïti. Encore une fois, pas seulement pour des raisons d'éloignement, mais faute de moyens - aériens, maritimes, bref logistiques. Chiffres-clés : le budget militaire cumulé des Vingt-Sept représente 220 milliards d'euros, celui des Etats-Unis, 450 ; par habitant, l'UE consacre 347 euros à la défense (au sens large), l'Amérique 1 500.
Puissance économique, l'Europe reste un nain militaire. Le secrétaire au Foreign Office, David Miliband, confiait récemment son malaise au Financial Times (le 5 septembre 2009) : "Ce qui nous condamne, c'est d'être incapables de déployer plus de 5 % de nos soldats en même temps." Ce qui nous condamne, nous Européens, ce sont des budgets de la défense en régression constante.
L'UE n'avait pas de force de réaction rapide à mettre au service des Haïtiens. Elle n'a pas non plus été politiquement présente : vous avez entendu le président Herman Van Rompuy, la haute représentante Catherine Ashton ?


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