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miércoles, 27 de enero de 2010

Haïti, année zéro


Haïti, année zéro



Après l'apocalypse, la reconstruction. La terrible tragédie qui a frappé mardi 12 janvier, le pays le plus pauvre des Amériques sera-t-elle l'opportunité de construire "Une nouvelle Haïti" ? Le mauvais sort semble s'acharner sur la première république noire fondée en 1804, qui a universalisé les droits humains.

Ses deux siècles d'existence ont été marqués par la violence et les convulsions. L'espérance démocratique née à la chute de la dictature duvaliériste, en 1986, s'est évanouie au rythme de sanglants soubresauts et de l'extension de la misère. Petit bout d'Afrique accroché aux flancs des Amériques, Haïti est depuis un quart de siècle, l'un des exemples les plus déprimants des échecs de la coopération internationale.

Après le séisme le plus meurtrier de l'histoire du continent américain, le succès de la reconstruction dépendra d'abord des Haïtiens. De leur capacité à surmonter le traumatisme provoqué par les amoncellements de cadavres jetés dans les fosses communes ou toujours prisonniers des décombres ; par les innombrables blessures, physiques et psychiques ; par la crainte de nouvelles répliques.
La renaissance dépendra de leur aptitude à construire un Etat moins corrompu et plus performant, capable par exemple de faire respecter des normes de construction ou de promouvoir le reboisement. Conséquence de la catastrophe, le dépeuplement de la capitale sera positif si des services publics, des emplois et des logements sont créés dans les provinces pour y fixer les sans-abri. La centralisation des activités dans la "république de Port-au-Prince" a amplifié le désastre.
Le modèle de développement impulsé par les pays "amis" et les bailleurs de fonds en est, en partie, responsable. Le déversement des excédents agricoles subventionnés - le riz des Etats-Unis, notamment - a ruiné les paysans qui sont venus gonfler les bidonvilles de la capitale. Les emplois des zones franches ont été concentrés à Port-au-Prince.
Les bailleurs de fonds ont multiplié les conférences, ces dernières années. Des milliards de dollars ont été promis, et en partie dépensés en "coopération technique". Cet euphémisme masque les grasses rémunérations d'experts rédigeant les mêmes rapports pour la énième fois, et les dépenses des bureaucraties de l'aide au développement. Depuis 2004, la communauté internationale semble convaincue de la nécessité d'un engagement à long terme et l'Amérique du Sud, Brésil en tête, a renforcé le groupe des pays "amis".
Face à l'ampleur des besoins, l'heure n'est pas aux procès d'intention. L'intérêt des Etats-Unis n'est pas d'occuper Haïti, mais d'éviter un déferlement de boat people et un Etat failli, livré aux narcotrafiquants dans leur arrière-cour. La République dominicaine a conscience que le développement d'Haïti est la seule réponse au grave problème migratoire qui empoisonne les relations entre les deux pays voisins.
Anderson Cooper, le présentateur de CNN, trouvera bientôt de nouveaux théâtres pour mettre en scène son journalisme de compassion. Mais la crise humanitaire continuera après le départ des équipes de télévision. Le formidable élan de générosité s'essoufflera. Pour les pays "amis" et pour les Nations unies, le grand défi sera de rompre avec les échecs du passé et transformer, enfin, les promesses de coopération en réussites.
Jean-Michel Caroit

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/01/27/haiti-annee-zero_1297188_3222.html#ens_id=1297200

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